À la Feria de Séville et lors d’autres fêtes en Andalousie, on se vante de boire du rebujito, une boisson si rafraîchissante que le New York Times l’a classée en 2020 comme « la meilleure boisson estivale de tous les temps ». D’ailleurs, cette année, certains ont osé créer une glace au rebujito pour l’occasion, on t’en parle ici.
Même si on revendique ce nectar de la Feria, ce ne sont pas les Sévillans qui ont inventé le rebujito; son origine et son histoire sont tout autres. Ce mélange si populaire à la Feria a des racines anglo-saxonnes et s’appelle le sherry cobbler.
Origine du rebujito : la théorie des pharmaciens de Grenade
En Espagne, on attribue l’idée à des pharmaciens de Grenade. Dans les années 80, le stand « La Rebotica » de la Feria del Corpus s’est retrouvé à court de boissons et ce groupe de visionnaires a eu une idée géniale. Ils ont goûté quelques bouteilles de vin de Jerez de l’année précédente, qui n’étaient plus très bonnes, et pour adoucir le goût, ils y ont ajouté du 7up.
En gros, la première chose qu’ils ont trouvée. Contre toute attente, la boisson a connu un grand succès et a commencé à se populariser. Selon cette théorie, le rebujito vient de « rebujo », un vin additionné de sucre et d’eau gazeuse, typique de Huelva.
Du Londres victorien au Real : l’ancêtre du rebujito

La réponse, contre toute attente, est non. Cette fusion rafraîchissante trouve son origine dans l’Angleterre victorienne du XIXe siècle. Le Sherry Cobbler est l’ancêtre du rebujito. Il s’agit d’un cocktail composé de vin de Xérès, de soda, de sucre et d’une rondelle d’orange. Ainsi, le Xérès correspondrait à la manzanilla ; le soda et le sucre, au Sprite ; et l’orange, à la menthe ?
On admet que la comparaison n’est pas tout à fait juste, mais on peut tout de même considérer le sherry cobbler comme l’ancêtre du rebujito.
Ce n’est pas le seul exemple que nous avons importé et adapté en Espagne. Par exemple, à Jerez, le candié est très typique; il est composé de vin oloroso et d’un œuf avec du sucre.
Une évolution phonétique de « candy egg » et un simple exemple parmi les dizaines de néologismes que l’andalou a créés à partir d’autres mots d’origine anglo-saxonne. Dans cet article, on passe en revue l’histoire de ces mots qui, étonnamment, trouvent leur origine en anglais. Avec ça, il se pourrait bien qu’on entende bientôt quelqu’un appeler notre rebujito de toujours « cherricoble ».
Le rebujito, reconnu par la RAE
La RAE a accepté en 2021 le mot « rebujito » et l’a ajouté au Dictionnaire de la langue espagnole. La nouvelle édition, dévoilée à Madrid, intègre ainsi un terme largement répandu qui fait référence à la célèbre boisson d’origine andalouse.
Jusqu’alors, « rebujito » était l’un de ces mots que l’on utilise naturellement et régulièrement au quotidien, mais qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas reconnus par la RAE.
Le rebujito a dépassé les limites des tentes de la Feria pour devenir un symbole de l’identité festive du sud. Que ce soit sous son nom actuel ou en rappelant ses échos britanniques, ce mélange continue d’évoluer.
Quoi qu’il en soit, sa capacité à rassembler les gens, un verre à la main, prouve que, au-delà de ses origines, le rebujito occupe désormais une place éternelle dans le patrimoine émotionnel de l’Andalousie.